Envie de lâcher prise, de sombrer… Que l’insomnie m’abandonne, que la mort me sourit… Me rapprocher d’elle,
pour m’éloigner de la Vie, de Moi…
Et cette peur grandissante, dévorante, de jours en jours, semaines après semaines, depuis des années que je
marmonne, emprisonne mes mots, mon âme. Je n’y arrive plus. Ces mots tapissant les parois de mon labyrinthe intérieur.
Et la fuite éternelle vers cette utopie, cette ironie du bonheur.
Tout doit s’arrêter. Aujourd’hui. A cet instant. Cette seconde, et ne plus jamais revenir en arrière. De
cette bulle, de mon univers, je bâtirai une muraille entre le monde et Moi. Ne s’en échappera que les lettres de ma douleur, du labeur, de la construction de mon tombeau aux allures du Taj Mahal…
Pour reposer ma sépulture, cette tombe à ciel ouvert, sous les étoiles d’une nuit sans lune, d’un matin sans soleil assombri par la tristesse d’un nuage. Le jour où mon Ange Noir m’emportera,
vers la Terre des Ombres…
Et je marque ce jour d’une première pierre…
Chaque jour, je meurs à petit feu, alors que je nais à peine… Etrange sensation d’avoir à conter son propre
déclin vers une issue fatale, l’accompagner…
Ne jamais s’arrêter d’écrire, rallonger le temps, plonger dans l’oubli d’un moment, expirer le dernier
souffle et partir.
Partir et raconter le monde.
Décrire chaque larme et la douleur de la tristesse.
Et le froid. Ma vie, trois point de suspension… suspension du temps, de l’humainement acceptable et de la
mort subite de l’esprit. Et parenthèse. Ma vie. Parenthèse. Trois points de suspension. Parenthèse. Des larmes et du silence.
La peur d’écrire. La peur des mots. Celle des paroles. Celles qu’on prononce et qu’on entend. Alors que les
silences et l’apaisement sont seuls attendus. Chercher à comprendre, expliquer ce qui ne peut l’être, ce qui ne cherche pas à l’être.
Une lettre. Un mot. Et des milliers, et une vie qui bascule. Sentir le sol se dérober sous ses pieds,
comprendre le changement sans pouvoir l’arrêter. Et une petite voix au fond de soi… « Tu le savais, tu l’as redouté, tu l’attendais… » Dans le doute, l’appréhension, mais la souffrance
du déni, la frustration, l’émotion contenu… Et ce vide au fond, rempli de mots superposés, écrasés, juxtaposés, entremêlées…
La déraison… et comment remettre de l’ordre ? Les mots se bousculent, les larmes coulent, le flux et
trop fort et je ne contrôle plus rien. Je le savais. L’hémorragie… celle d’une vie restante…
Perte de contrôle. Le vertige. Et ce froid. Ce petit matin d’avril.
Rendez-moi ma folie…
J’ai froid. Le sommeil ne veut toujours pas de Moi. Mes larmes coulent à l’intérieur noyant mon cœur… Mes
poignets tailladés vomissent mon sang, mais rien ne se voit. Ma tristesse enveloppée de barbelés trouve refuge dans une petite mare de sang, tout près d’un cœur se vidant de sa vie, goutte après
goutte…
Je divague, non sens… Etrange moment… La peur des mots trop timides… Des doigts ankylosés… A ne plus
savoir comment écrire les lettres… Mais rien de tout cela n’arriva.
Pourquoi tout ce silence, tout ce temps perdu, à rattraper… Il y a sept ans déjà que pas une page ne
fut salit, souillée, mortifiée…
Je veux rester éternellement dans ma bulle. J’y suis si bien. Cette chaleur, cette douceur. Ma
sécurité.
Et l’humain inexistant et cette quiétude furtive…
Et voilà que Morphée s’approche. C’est si cruel. Aujourd’hui que je suis prête. Il me tend à nouveau sa
main. Mon insomnie me caresse le visage et je ressens sur ma joue la douceur de sa peau. Ses lèvres sur mon front et mes larmes ne peuvent la retenir. « Ne m’abandonne pas. » Mais
sereine, entre de bonnes mains elle me confie.
Un jour prochain la froideur de ces matins s’évaporera sous le soleil levant telle la brume des fins de
nuits…
Morphée est là… mes paupières sont lourdes et demain tout recommencera. J’ai très
froid.
Tout s’arrête. Eternel recommencement. Des larmes et du silence. J’ai froid. Demain ma réalité m’attend… Que
mes mots me libèrent, que l’Art sauve l’humanité, mon humanité…
"Ma vie. Trois points de suspension... Suspension du temps... Et parenthèse. Une majuscule, un nouveau
départ et une parenthèse... Enfin trois points de suspension... Et la vie jusqu'à la mort..."